3 – CHEZ LES FOUS
— Eh bien ? qu’est-ce que vous avez ? Vous n’avez pas fini de faire la bête ? Allons. Entrez.
La main sur son épaule, le gardien-chef du « Lunatic Hospital », plus spécialement chargé de la surveillance des malades dangereux, faisait passer Fandor, un peu de force, dans le grand réfectoire où les internés prenaient leur repas.
Ce n’était pas un méchant homme, ce gardien, mais c’était un cœur ulcéré. Sa profession lui déplaisait. Lui aussi, il se jugeait un grand génie, se reconnaissait de multiples et prodigieuses qualités et, c’était, croyait-il, une sombre erreur du destin qui l’avait condamné au modeste emploi qu’il occupait. Il se vengeait donc sur les malades de ce qu’il appelait l’injustice du sort.
Et c’est pourquoi, poussant Fandor dans la grande salle, il ajouta :
— Et puis ce n’est pas la peine de prendre perpétuellement des airs ahuris. Je vous dis, mon bonhomme, qu’il ne faut pas vous foutre de moi. Je vous devine très bien. Vous êtes un dissimulé. Mais je suis sur mes gardes. Tâchez de filer droit ou sans ça…
***
Depuis quarante-huit heures que Fandor était sorti de sa caisse, depuis qu’il avait échappé à la mort par miracle, grâce à Teddy, le malheureux journaliste vivait un véritable cauchemar.
Après la période d’excitation très réelle qu’il avait subie au sortir de sa caisse, après l’effroi compréhensible qu’il avait ressenti lorsqu’il s’était vu entraîné par les soldats et conduit à l’asile d’aliénés, il éprouvait quelque peine à se ressaisir, à rentrer en possession de son habituelle lucidité.
Fandor avait vécu dans sa caisse à la façon d’un mort. Séquestré, séparé du monde vivant, n’ayant plus aucune relation avec ses semblables, voilà que tout à coup on l’avait collé au mur et qu’aussitôt après, on le déclarait fou et qu’on l’enfermait. Fandor n’était pas encore sorti de son étourdissement. Ah ! avoir dix minutes à soi, pour faire le point. Mais non. À son arrivée, un interne, sommairement, l’avait interrogé en présence de deux infirmiers, puis on avait voulu lui retirer le crâne qu’il portait toujours sous le bras, et comme il esquissait un geste de défense, le médecin avait dit :
— Bah, laissez-lui cela. C’est peut-être le moyen de le faire tenir tranquille. Mettez-le dans le quartier des « observés ».
En observation !
Ce n’était pas sans un frisson d’angoisse que Fandor s’était vu emmené par les deux gardiens le long de l’interminable couloir qui divisait l’hôpital en deux tranches égales.
On l’avait conduit dans une chambre à deux lits et l’un des infirmiers qui le convoyaient lui avait ordonné brutalement :
— Déshabille-toi et fais vite. Tu vas coucher là et, tu sais, pas de bêtises. Au premier mouvement, la douche !
Fandor s’était gardé de protester.
— Après tout, s’était-il dit, ces gens-là me donnent une chambre, me mettent à l’abri, vont me nourrir, profitons de l’aventure pour prendre quelque repos. Demain nous verrons à protester de notre jugeotte.
Déjà philosophe, Fandor s’était hâté de se glisser dans son lit.
— Et ton crâne, demanda le gardien ; tu le gardes avec toi ?
En entendant le gardien lui reparler de cette tête de mort, Fandor ne put s’empêcher de sourire et de contempler avec curiosité sa trouvaille qu’il venait de poser sur son lit.
— C’est ton amoureuse ? demandait l’infirmier avec un gros rire, tu veux coucher avec ?
— Ma foi oui, dit Fandor.
Nouvel éclat de rire de l’infirmier, mais qu’est-ce que ça pouvait bien faire à Fandor. Puisqu’il était fou !
***
Fandor avait passé une mauvaise nuit.
À sept heures, on le secoua, et Fandor, encore tout engourdi de sommeil, se demandait avec une stupéfaction voisine d’un réel affolement, quel était l’individu, vêtu d’un uniforme bleu qui lui ordonnait brutalement :
— Lève-toi. Mets ta chemise. Ton pantalon. Et à la douche.
De nouveau les couloirs dallés, tout suintants d’humidité, une courte promenade. À la suite de son guide, il pénétrait dans une petite salle remplie d’appareils à douches, deux hommes le prirent par les épaules, le bouclèrent par les bras et les jambes à la muraille. On ouvrit un jet, Fandor eut peine à retenir un hurlement…
Comme tout le monde, il avait lu la description des supplices auxquels on soumet les fous, que douchent des infirmiers brutaux. Mais jamais il n’avait imaginé la torture que pouvait être ces douches. L’eau froide lui arrivait avec une force qui lui rompait les os. Elle était glaciale, au point de produire une impression de brûlure, de le laisser haletant, à demi étouffé. Et cela durait des minutes qui lui semblaient des siècles.
Quand, enfin, les infirmiers arrêtèrent le jet, Fandor, débouclé, s’entendit commander :
— Au trot. Retourne t’habiller. Tu vas aller au jardin maintenant.
Il crut, tant il était brisé, qu’il lui serait impossible de faire un pas. Mais c’est à coups de poings qu’on le força à se relever, qu’on le conduisit à sa chambre :
— Marche… allez, ta veste, tes souliers.
Fandor s’abstint de répondre. Il ne voulait pas discuter avec les gardiens.
De la chambre, sitôt qu’il fut prêt, on le conduisit au jardin. Fandor s’attendait à y rencontrer d’autres fous, mais lorsqu’il descendit sur la pelouse qui constituait la cour de l’établissement – une cour entourée de partout par de hauts murs, une cour qu’égayaient à peine quelques maigres arbres dont le tronc était ceinturé de matelas à hauteur d’homme – le désert s’étendait autour de lui.
— Promène-toi, ordonna le gardien. Il y a « visite » aujourd’hui et les camarades ne sortiront pas. On te les présentera à midi.
Fandor s’était promené.
Étrange promenade dans ce jardin sinistre, entre ces murs matelassés et ces arbres entourés de capiton.
Le gardien, nonchalant, s’était étendu sur l’herbe et lisait son journal. Fandor avait pu réfléchir à sa situation.
— Qu’est-ce que tout cela veut dire ? s’était-il demandé. Est-ce à l’intervention de Fantômas, du sinistre, du terrible Fantômas, qu’il faut attribuer l’incendie des docks ? Qu’est-ce que c’est que ce Teddy qui m’a sauvé ?
Pourquoi portait-il ce coffret où se trouvait un crâne ? Et puis, comment vais-je sortir d’ici ?
À midi, Fandor n’avait encore pris aucune décision sur la conduite qu’il devait tenir, lorsque l’infirmier, qui, paresseusement, était demeuré toute la matinée étendu sous son arbre, feuilletant sa gazette, sommeillant, l’appela :
— Hé ! là-bas ! Tu n’entends pas la cloche ? non ? Viens qu’on te présente à la société.
***
Le réfectoire était une grande pièce partagée dans son milieu par deux longues tables placées parallèlement et recouvertes d’une étrange vaisselle.
Devant chaque fou, en effet, se trouvait une sorte d’assiette en bois, véritable écuelle qu’une chaînette enfoncée dans le rebord rivait à la table. Pas de couteaux, pas de fourchettes. Un gobelet en bois fixé à la table par une chaînette.
Lorsque Fandor pénétra dans la pièce, poussé d’une bourrade par le gardien, il regarda ceux qui allaient être ses compagnons :
Dans la salle s’entassaient devant les tables, assis sur de longs bancs de bois, scellés dans le plancher, une centaine de malades. Tous, à l’exception d’un petit groupe, étaient vêtus d’un même sarrau de toile, mais cette toile était rose pour certains, bleue ou marron pour d’autres encore.
Seuls conservaient des vêtements ordinaires une quinzaine de pensionnaires qui se trouvaient à l’extrémité du réfectoire. Ceux-là étaient très diversement habillés, les uns en redingote, les autres en veston, d’autres encore en costume de cavaliers, pantalons collants, longues bottes, ceintures de larges courroies de cuir, chemises flottantes, ils étaient semblables aux chasseurs qui parcourent d’un bout de l’année à l’autre les plaines désertes du Transvaal, le veld, chassant, conduisant des troupeaux, capturant des chevaux sauvages.
— Assieds-toi, ordonna le gardien.
Fandor avisa une place vide, voulut s’y installer…
— Pas là, nom d’un chien. Tu te mets avec les agités.
Fandor avait failli s’asseoir à côté du groupe des malades revêtus de sarraus marron, il se recula vivement, ému malgré lui…
— Où dois-je aller ?
— Avec les observés, parbleu.
Une nouvelle bourrade précipita Fandor parmi ceux qui, comme lui, n’étaient encore revêtus d’aucun uniforme. Fandor, résigné à son sort, s’assit entre un vieillard et un cavalier d’une trentaine d’années. Quelques instants d’abord se passèrent dans un silence rigoureux. Comme Fandor entrait dans la salle, les fous avaient levé la tête et observé de leurs yeux fixes, méfiants, apeurés.
— Parbleu, s’était dit Fandor, ces pauvres diables se demandent qui je suis.
Mais à peine s’était-il attablé au milieu d’eux que le charme s’était rompu, et un vacarme assourdissant avait empli la salle, péniblement dominé par moments par les interjections des gardiens :
— Veux-tu manger proprement, sale bête.
— Attends un peu que je t’apprenne à casser tes assiettes, toi.
— Si tu ris comme ça, la douche…
Quel spectacle !
D’un groupe de malades à l’autre, les différences étaient nettes. Tandis que les déments vêtus de sarraus marron poussaient de temps à autres de véritables cris, s’agitaient sur leur banc, semblaient toujours prêts à se jeter les uns sur les autres, avaient des ricanements incessants, leurs voisins, vêtus de sarraus bleus, les taciturnes – Fandor les entendait appeler ainsi par les gardiens – demeuraient immobiles, presque rigides, avec des faces d’effroi, de terreur et de désolation. Il y en avait qui sanglotaient, d’autres qui, au moindre mouvement des gardiens, paraissaient prêts à disparaître sous la table.
Et puis, plus loin encore, les malades vêtus de rose, les dangereux, roulaient des yeux effarés, se dressaient à toute minute, se battaient, renversaient leur assiette, obligeaient les infirmiers, plus nombreux de leur côté qu’à l’autre bout de la table, à les rasseoir de force, à les menacer de la douche, quand il ne devenait pas nécessaire d’emmener l’un d’eux, de l’entraîner vers on ne savait quelle sorte de cachot, quel supplice. Mais Fandor n’avait guère le temps d’examiner tout cela.
Dans son assiette, un infirmier venait de verser une sorte de bouillie, où flottaient quelques morceaux de viande.
— Mange.
D’un regard, Fandor s’assura de la façon dont opéraient ses voisins.
Oh, il n’y avait pas d’hésitation à avoir : par mesure de précautions, les fous n’avaient à leur disposition ni fourchette, ni cuillère, c’était avec leurs doigts qu’ils devaient manger.
— Allons-y ! pensa Fandor…
Et, retirant son crâne de dessous son bras, pour le poser sur ses genoux, le journaliste, qui ne voulait aucunement perdre de vue le précieux objet, s’apprêtait à se nourrir, lorsque :
— Monsieur, lui dit son voisin, qui faisait preuve d’une extrême politesse, voudriez-vous m’accorder une réponse ?
Fandor se tourna vers le vieillard qui lui adressait la parole :
— Certes, que désirez-vous ?
— Mais j’imagine, monsieur, que vous le savez, puisque j’attends une réponse. Ce n’est pas la peine de vous moquer de moi.
— Mais loin de moi la pensée de me moquer. Seulement, je n’ai pas entendu votre première question, que voulez-vous ?
— Une réponse !
— Une réponse à quoi ?
Un formidable coup de poing avait ébranlé la table. Le vieillard d’aspect paisible attrapa Fandor par le cou.
— Ah ! vous aussi, hurlait-il, vous voulez faire semblant de me croire fou ? Vous aussi vous êtes du côté de mes persécuteurs ? Je me vengerai, je me vengerai.
Comme le fou le secouait violemment et menaçait de l’étrangler, Fandor le prit aux épaules et tenta de se dégager :
— Lâchez-moi, voyons.
Des cris d’animaux, des hurlements indescriptibles et des rires s’élevaient autour de la table.
— Mais lâchez-moi donc, hurlait Fandor.
Et comme il avait peur de brutaliser le vieillard, qui, maintenant, la bave aux lèvres, les yeux injectés, grinçait des dents, Fandor appela :
— À l’aide, les gardiens !
Mais le journaliste n’acheva pas… Il avait reçu brusquement sur les reins un coup à raser une église, et deux mains l’appuyaient sur son banc, le forçaient à se rasseoir :
— Tu vas te taire, toi, n’est-ce pas ?… ou on te recolle à la douche !… Ah ! ah ! le dissimulé ! déjà une crise !…
Fandor n’eut pas le temps de protester.
À côté de lui, tandis que les gardiens accouraient, le vieillard, son agresseur, s’était rassis, en pleine possession de son sang-froid. Et Fandor l’entendit qui déclarait, d’une voix très calme, s’adressant à l’un des infirmiers :
— Vous savez, monsieur Gustave, j’ai eu peur, très peur. C’est véritablement terrible, quand on n’est pas fou, d’être mis à côté d’individus du genre de celui-ci. Est-ce qu’il ne voulait pas m’étrangler ?
L’infirmier, M. Gustave, grommela quelque chose avant de s’éloigner.
— Ah zut ! pensa Fandor, cela commence bien.
Le journaliste, pourtant, s’apprêtait à commencer enfin son déjeuner.
Il avait grand appétit, Fandor, il prenait son assiette et, glissant un regard en coulisse vers le vieillard, son voisin de droite qui, maintenant, pleurait silencieusement, effondré, qui ne semblait plus à craindre, il voulut, usant de ses doigts en guise de couvert, avaler sa portion.
Mais Fandor n’avait pas prévu la duplicité de certains déments.
Alors qu’il se battait avec le vieillard, son voisin de gauche, l’homme à mine de chasseur, n’avait pas perdu son temps. La main avide du cavalier avait fouillé dans son assiette, elle y retournait encore : l’assiette était vide.
— Dites donc… vous, grommela-t-il, laissez mon déjeuner tranquille.
Mais l’autre eut un rire muet, tranquille, et, sans plus prendre la peine de se dissimuler, il prit dans l’assiette de Fandor un os qu’il avait oublié.
Doucement, mais énergiquement, Fandor prit de sa main gauche le poignet de son voisin, et l’écartant de son écuelle, de sa main droite, il commença à manger.
— Seigneur, pensait le journaliste, ça n’est pas ragoûtant de déjeuner de cette façon, mais je n’ai pas le choix. Et j’aime encore mieux cela que de mourir de faim.
Malheureusement, Fandor avait à peine avalé quelques bouchées – il immobilisait toujours son brave voisin – que Georges, un autre infirmier, intervenait de nouveau :
— Allons, allons, veux-tu lâcher ton voisin ? hurlait-il…
— Mais il fouille dans mon assiette, protesta Fandor…
En une langue étrangère, une sorte de patois, le cavalier protesta violemment. Fandor, à quelques mots d’anglais, comprenait à peu près que le dément l’accusait d’avoir volé le contenu de son assiette.
— Mais, protesta Fandor, ça n’est pas vrai. Je vous dis que c’est lui.
Le journaliste n’eut pas le temps d’achever. Une sonnerie électrique, insupportablement longue, retentit dans le réfectoire, les infirmiers se précipitèrent.
— Allez ! debout ! au jardin !… Voulez-vous vous lever, sacré nom d’un chien ? au jardin !…
Il fallait obéir bon gré mal gré.
L’heure du déjeuner était passée. C’était à peine si le malheureux Fandor avait eu la possibilité de sucer un os.
***
— Georges ?
— Monsieur le Directeur ?
— Où est le malade hospitalisé hier à la suite de l’incendie des Docks ?
— Je vais vous l’amener, monsieur le Directeur…
Fandor rêvait, assis par terre, à l’un des bouts du jardin…
— Toi, là-bas ? Allons, debout. Le directeur te demande.
— Bon, songeait le journaliste, je vais raconter très simplement mon cas. Le directeur est, à coup sûr, un homme instruit. Il doit être au courant des invraisemblables forfaits de Fantômas, peut-être même connaît-il mon nom et quand je lui aurai dit que je suis Jérôme Fandor…
Fandor, déjà, poussé par l’infirmier, arrivait devant le personnage qui devait décider de son sort.
Le directeur du « Lunatic Hospital » – Gérard Herbone, docteur de la Faculté Royale d’Angleterre – était un petit vieillard d’une soixantaine d’années, à l’aspect tranquille, aux gestes vifs, à l’œil perçant.
Il était sympathique à Fandor et le journaliste frémit d’aise, en s’entendant interpeller, d’un ton fort aimable, presque familier :
— Eh bien, mon ami, lui demanda le directeur, vous voici donc devenu mon pensionnaire ? Comment cela va-t-il ?
Fandor sourit et, décidé à révéler son identité, s’informa :
— J’ai le plaisir de parler à monsieur le directeur ?
— Mais oui, mais oui, au directeur médecin-chef qui vous demande comment vous allez.
— Très bien, docteur.
— Vous avez dormi ?
— Parfaitement…
— Vous n’avez plus eu l’intention de faire le méchant ?
— Non, docteur, je n’ai plus, vous le dites, l’intention de faire le méchant. Mais au moment où vous m’avez fait appeler, je songeais précisément à demander à vous parler…
— Vraiment. Et pourquoi donc ?
— Pour m’informer, docteur, du sort qui m’est réservé ?
— Ah ! ah !… ça vous intéresse donc ?
Cette fois Fandor ne put s’empêcher de rire. Le docteur affectait de lui parler d’un ton bonhomme, en badinant, comme l’on parle à un enfant… Mais, ce médecin était persuadé qu’il était fou et il ne devait pas s’inquiéter outre mesure de son attitude.
— Ma foi, répondit Fandor, vous avouerez qu’il est au moins naturel que je me préoccupe de ce que je vais devenir ?
— Mais non ! mais non ! ce n’est pas naturel. Vous n’êtes pas bien ici ?
— Si, mais…
— Eh bien, alors ?
— Il n’empêche.
Le médecin le fixa soudain de ses yeux perçants…
— C’est, déclarait-il brusquement, que vous ne m’avez pas l’air fou du tout, mon ami ?
Un autre que Fandor, à coup sûr, se serait laissé prendre à cette phrase dite à l’improviste. Mais Fandor, lui, se méfiait du piège.
— Docteur, déclara-t-il, si je vous répondais que je ne suis pas fou, vous en concluriez immédiatement que je suis incurable. Je n’ignore pas que l’un des signes les plus sûrs de la folie est de prétendre que l’on est parfaitement sain d’esprit…
— Et alors ?
— Alors, je réclame le privilège de ne pas vous répondre.
Le médecin qui s’était contenté de causer dans le jardin à Fandor, le saisit soudain par le bras.
— Pas mal votre réponse. Vous m’intriguez mon ami. Voulez-vous venir dans une salle. Nous y serons plus tranquilles pour causer.
— Je ne demande que cela, docteur.
— C’est bien, venez.
Fandor suivit le directeur dans une sorte de petit parloir clair dont la porte-fenêtre ouvrait sur la cour où s’agitaient les fous.
— J’ai de la veine, songeait Fandor, j’espère réussir à le convaincre.